Nos membres en action MHN 2026 – Entretien avec Sandra Muchekeza Cooperation Canada Nos membres en action 6 Mins read janvier 29, 2026 / Nouvelles et mises à jour / Nos membres en action / MHN 2026 – Entretien avec Sandra Muchekeza Pour la troisième année consécutive, notre campagne numérique met en lumière les acteur·trice·s du changement, les innovateur·trice·s et les perturbateur·trice·s noir·e·s dans le domaine de la coopération internationale canadienne. Tout au long du mois de février, nous dressons le portrait de leaders dont les réalisations, les défis et les perspectives transforment le secteur et font progresser l’équité, l’inclusion et la justice. Cette semaine, nous vous invitons à rencontrer Sandra Muchekeza, directrice générale, Alberta Council for Global Cooperation Pourquoi avez-vous décidé de travailler dans la coopération internationale et quels ont été les moments forts de votre carrière ? Je suis née et j’ai grandi au Kenya, et cette expérience a profondément influencé ma vision du monde et ma place dans celui-ci. En grandissant, j’ai été témoin à la fois de la force de la communauté et des réalités de l’inégalité. Dès mon plus jeune âge, je me suis posé des questions profondes sur la justice et l’équité et, en grandissant, j’ai pris conscience que les décisions mondiales prises loin de chez moi pouvaient avoir des répercussions très concrètes sur la vie quotidienne des gens. Cette prise de conscience m’a accompagnée et continue d’influencer mon travail. La coopération internationale m’est apparue comme une voie naturelle. Pour moi, c’est un moyen de m’engager dans les systèmes, les histoires et les dynamiques de pouvoir qui relient le Sud et le Nord. Cela m’a donné un langage et un espace pour relier mon expérience vécue à l’action, et pour travailler à des approches qui mettent l’accent sur la dignité, le partenariat et le leadership communautaire plutôt que sur la charité ou le sauveurisme. Parmi les moments forts de ma carrière, je citerais notamment ma collaboration avec des organisations communautaires et issues de la diaspora, et aujourd’hui, mon soutien à l’engagement public qui aide les gens à relier les enjeux mondiaux aux réalités locales, et la création d’espaces d’apprentissage et de dialogue au-delà des différences. Mon travail au sein du Réseau interconseils (ICN) a été particulièrement enrichissant, car il m’a permis de collaborer avec des collègues de tout le pays, de contribuer aux débats nationaux sur l’équité et l’engagement public, et de renforcer la coordination et l’apprentissage partagé dans l’ensemble du secteur. Le poste de directrice générale de l’Alberta Council for Global Cooperation a également été un véritable privilège, car il m’a permis de diriger un réseau provincial qui soutient ses membres dans leur travail au niveau local et dans les pays du Sud. Quelles expériences ont influencé votre carrière en tant que personne noire dans le secteur de la coopération internationale ? En tant que femme noire africaine, j’apporte à ce travail des perspectives qui sont façonnées par mon expérience vécue, et pas seulement par la théorie ou la politique. Le fait d’avoir des racines profondes dans les pays du Sud signifie que je vois souvent le développement sous un angle différent, qui reconnaît les forces, l’autonomie et le leadership qui existent au sein des communautés, ainsi que les forces historiques et structurelles qui ont façonné les réalités actuelles. Cela m’a rendue plus sensible aux questions de pouvoir, de représentation et de légitimité des connaissances dans les domaines du développement. En même temps, vivre et travailler dans le Nord tout en restant profondément connectée au Sud comporte ses propres tensions. Je me retrouve souvent à naviguer entre deux mondes, à traduire des réalités dans différents contextes, à remettre en question des hypothèses et, parfois, à ressentir le poids des attentes des deux côtés. Il y a un équilibre constant à trouver entre l’appartenance et l’altérité, entre être considérée comme une « initiée » et une « étrangère », selon l’espace dans lequel je me trouve. Ces expériences n’ont pas toujours été faciles. Non seulement elles m’ont apporté clarté et conviction, mais elles ont profondément influencé ma façon de diriger et de me présenter dans ce secteur. Elles ont renforcé mon engagement à ouvrir des portes à d’autres, en particulier aux jeunes leaders noir·e·s et racialisé·e·s qui me succèdent, afin qu’ils/elles puissent se reconnaître dans ce travail et savoir que leurs points de vue comptent. Face à la réduction de l’espace civique et au silence imposé aux personnes marginalisées et privées de leurs droits, quels sont vos espoirs pour l’avenir et quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent travailler dans la coopération internationale en tant qu’acteur·trice·s du changement, défenseur·euse·s ou personnes alliées ? S’il est indéniable que le secteur est confronté à de réels défis, je pense qu’il est important de reconnaître les progrès déjà accomplis. Les discussions sur l’équité, la lutte contre le racisme, la localisation et le leadership inclusif sont beaucoup plus visibles et substantielles qu’il y a dix ans. Même si les revers actuels sont très préoccupants, nous ne devons pas nous laisser décourager et continuer notre travail. J’espère que cette période nous poussera à être plus déterminés et plus adaptables. Le paysage est en train de changer, ce qui nous oblige à repenser non seulement ce que nous faisons, mais aussi la manière dont nous le faisons. Cela nécessite un changement de mentalité, en s’éloignant des modèles rigides et des zones de confort pour adopter des approches plus réactives et collaboratives. C’est l’occasion pour le secteur d’approfondir ses partenariats, de transférer véritablement le pouvoir et d’amplifier encore davantage les voix marginalisées et privées de droits. Pour celles et ceux qui souhaitent travailler dans la coopération internationale, mon conseil est de rester ancré dans vos objectifs et vos valeurs, tout en restant ouvert au changement, car le changement est là et d’autres changements sont à venir. Soyez prêt·e·s à apprendre, à désapprendre et à réapprendre, à écouter attentivement et à remettre en question les systèmes, y compris ceux dont vous faites partie. Les progrès sont rarement linéaires, et des moments comme celui-ci mettent notre détermination à l’épreuve. Mais si nous restons attachés à la justice, à la solidarité et à l’humilité, ce travail continuera d’avoir de l’importance et de faire la différence. Partager cet article
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