Le 8 juillet, Coopération Canada a accueilli des partenaires et des acteur·trice·s clés du secteur pour une discussion sur les conclusions de l’Indice mondial de la paix 2026, organisée en collaboration avec l’Institute for Economics & Peace.

Cet événement a permis d’examiner ce que le principal indicateur mondial de paix révèle sur le paysage actuel de la sécurité internationale et ce que cela signifie pour le rôle du Canada dans la promotion de la paix, la prévention des conflits et la coopération internationale. Cet article s’appuie sur ces discussions pour analyser les principales conclusions du rapport et leurs implications pour l’avenir du Canada.

La paix à un moment stratégique

L’Indice mondial de la paix 2026 (IMP) arrive à un moment crucial pour le Canada. Alors que le gouvernement entreprend une révision de sa politique étrangère, les discussions se concentrent de plus en plus sur le renforcement des partenariats économiques du Canada, l’amélioration de la sécurité nationale et la redéfinition de son rôle dans un environnement international plus concurrentiel.

Les récents investissements dans le domaine de la défense soulignent que le Canada prend conscience de l’évolution du contexte sécuritaire. Parallèlement, les réductions de l’aide publique au développement (APD) risquent d’affaiblir les investissements qui contribuent à s’attaquer à certains des facteurs sous-jacents de l’instabilité, notamment la pauvreté, la faiblesse des institutions et les inégalités. Comme le souligne l’IMP 2026, investir dans la prévention reste l’un des moyens les plus rentables de réduire les coûts à long terme de la violence.

Ces priorités sont à la fois nécessaires et opportunes. Elles soulèvent toutefois une question importante : quelle place occupent dans cette vision la consolidation de la paix – notamment les efforts diplomatiques, la médiation, les systèmes d’alerte précoce, les processus de dialogue communautaire et à la base, le soutien aux institutions de défense des droits humains, le renforcement des capacités institutionnelles, la prévention des conflits et d’autres investissements de développement qui renforcent la gouvernance inclusive et la cohésion sociale ?

L’IMP 2026 offre une perspective convaincante. Au-delà de la constatation de la détérioration de la paix mondiale, le rapport présente un argument plus large : la paix n’est pas simplement une aspiration humanitaire. C’est un atout économique, un impératif de sécurité et un investissement stratégique. Plutôt que de traiter la paix comme un objectif politique distinct, le rapport la présente comme le fondement d’économies résilientes et d’une prospérité à long terme.

Pour le Canada, cette perspective est particulièrement pertinente. Le pays combine depuis longtemps diplomatie, coopération au développement et engagement multilatéral, à travers ses contributions de longue date aux opérations de paix de l’ONU, son soutien à l’architecture de paix et de sécurité de l’ONU, sa Politique d’aide internationale féministe (PAIF), son soutien au programme « Femmes, paix et sécurité » — y compris l’Initiative Elsie, mise en œuvre dans le cadre de la PAIF pour accroître la participation des femmes aux opérations de maintien de la paix — et son leadership actif au sein du G7. Alors qu’il redéfinit sa politique étrangère, le défi ne consiste pas à se demander si la paix est importante, mais comment l’intégrer de manière plus délibérée dans ses choix de politique étrangère.

Les puissances moyennes ont plus de poids que jamais

L’un des messages clés qui se dégage de l’IMP 2026 est que l’influence mondiale est de plus en plus largement répartie. Alors que la concurrence entre les grandes puissances s’intensifie et que les institutions multilatérales sont confrontées à des défis croissants, les puissances moyennes disposent de plus grandes opportunités pour façonner collectivement les résultats internationaux.

Dans ce monde de plus en plus multipolaire, les pays dotés de solides réseaux diplomatiques, de partenariats de développement crédibles et d’un engagement en faveur de la coopération multilatérale sont bien placés pour faire progresser le dialogue et contribuer à prévenir les conflits.

Pour le Canada, cette évolution représente une opportunité stratégique. Son influence repose depuis longtemps non seulement sur sa puissance économique ou ses alliances militaires, mais aussi sur sa capacité à faire respecter les normes internationales et à établir des liens entre la diplomatie, le développement et la consolidation de la paix.

Plutôt que de considérer la consolidation de la paix comme une question distincte des intérêts nationaux, le Canada peut la voir comme un outil stratégique qui s’appuie sur sa longue tradition diplomatique tout en renforçant son influence internationale, sa crédibilité, sa résilience économique et sa sécurité nationale.

Les arguments économiques en faveur de la prévention

La violence a entraîné un coût économique estimé à 21 800 milliards de dollars américains en 2025, soit l’équivalent de 10,5 % du PIB mondial.

L’IMP montre clairement que les coûts des conflits s’étendent bien au-delà des pays en guerre. Les crises prolongées affaiblissent les économies, détruisent les infrastructures et augmentent les coûts à long terme de la reconstruction. Dans un monde interconnecté, l’instabilité d’une région peut rapidement se répercuter sur d’autres : 103 pays sont aujourd’hui impliqués dans des conflits au-delà de leurs frontières, contre 59 en 2008.

Le rapport met également en évidence la valeur économique de la vie humaine. Au-delà de la tragédie humanitaire, chaque perte de vie représente une perte de compétences, de productivité et de potentiel de développement futur. Les crises qui entraînent des déplacements forcés génèrent également des répercussions internationales plus larges, exerçant une pression sur les pays voisins et, à terme, affectant des pays comme le Canada par le biais d’un accroissement des besoins humanitaires, de la réinstallation de réfugiés et de perturbations des marchés mondiaux et des chaînes d’approvisionnement.

Pour le Canada, cela renforce un point important : la sécurité nationale et la prévention des conflits ne sont pas des priorités concurrentes. Investir dans la diplomatie, la consolidation de la paix et la prévention contribue à réduire les coûts à long terme des crises, favorise des partenariats économiques plus stables et renforce la sécurité et la prospérité du Canada lui-même.

Le rapport souligne également la valeur économique plus large de la prévention des conflits, notant que « la différence entre une impasse prolongée et une nouvelle escalade est flagrante : une diplomatie réussie qui empêche la poursuite du conflit pourrait générer environ 2 200 milliards de dollars américains de bénéfices économiques à l’échelle mondiale ». La prévention des conflits n’est donc pas simplement un objectif humanitaire, c’est aussi un investissement stratégique.

La question du commerce des armes

Une autre conclusion importante de l’IMP 2026 concerne la militarisation, l’une des trois dimensions fondamentales utilisées pour mesurer la paix. Au-delà des dépenses militaires, elle englobe les armes, les importations et les exportations, l’accès aux armes et la capacité militaire globale. Bien que le rapport ne suggère pas que la puissance militaire soit incompatible avec la paix, il constate que des niveaux de militarisation plus faibles sont généralement associés à des sociétés plus pacifiques.

Pour le Canada, cela ne constitue pas un argument contre le maintien de capacités de défense crédibles ou le respect de ses engagements en matière de sécurité. Cela souligne plutôt l’importance de la cohérence des politiques. Alors que le Canada augmente ses dépenses de défense et réduit son aide internationale, l’objectif ne devrait pas seulement être de renforcer la sécurité nationale, mais aussi de veiller à ce que les politiques en matière de défense, de diplomatie, de développement, de prévention des conflits et d’exportation d’armes se renforcent mutuellement.

Une approche cohérente reconnaît que la sécurité durable ne dépend pas uniquement de la préparation militaire, mais aussi de la prévention de l’émergence ou de l’escalade des conflits. Renforcer le contrôle des exportations d’armes, investir dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix, et respecter les engagements internationaux du Canada renforcerait à la fois sa sécurité et sa crédibilité en tant que défenseur de la paix internationale.

Passer de la réflexion à l’action

Cet IMP 2026 nous rappelle que la paix ne se maintient pas uniquement par la puissance militaire. Elle se renforce grâce à une approche équilibrée alliant défense, diplomatie, prévention des conflits, respect du droit international humanitaire et politiques publiques cohérentes.

Alors que le Canada réfléchit à sa future politique étrangère, il a l’occasion de renforcer cet équilibre. Le respect de ses engagements envers l’OTAN peut aller de pair avec un investissement accru dans le développement, l’action humanitaire, la prévention des conflits et la consolidation de la paix, en reconnaissant que prévenir un conflit coûte 100 fois moins cher — et s’avère plus efficace — que d’intervenir une fois que la violence s’est intensifiée.

Le Canada pourrait également renforcer sa crédibilité en veillant à ce que ses politiques d’exportation d’armes restent conformes à ses engagements internationaux et en relançant les discussions sur des mesures telles que le projet de loi C-233, visant à modifier les lois sur les permis d’exportation et d’importation (d’armes) afin de supprimer l’exemption accordée aux États-Unis, dans le but de combler cette lacune en matière de commerce des armes, de renforcer la surveillance et la responsabilité.

Dans un monde de plus en plus fragmenté, investir dans la paix n’est pas incompatible avec la protection des intérêts nationaux du Canada : c’est au contraire un élément essentiel de cette démarche.

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