En octobre et novembre 2025, Coopération Canada s’est jointe à des organisations de la société civile, à des personnes militantes et à des partenaires lors de Peace Connect, au Kenya, ainsi qu’à la Semaine internationale de la société civile (ICSW), en Thaïlande — deux rassemblements mondiaux consacrés à l’action collective, au renforcement de l’espace civique et à la solidarité partout dans le monde. 

Accueillis respectivement par Peace Direct et CIVICUS, ces deux événements ont offert des espaces opportuns de réflexion et de collaboration dans un contexte de pressions croissantes sur la société civile à l’échelle mondiale — de la fermeture de l’espace civique et de la répression numérique à la polarisation du débat public et à l’érosion de la confiance envers les institutions. Des participant·e·s de toutes les régions ont partagé des expériences de résilience, de solidarité et de renouveau, en explorant comment la société civile peut s’adapter à un paysage en rapide transformation. 

Ces deux rassemblements ont mis en lumière une vérité importante : le secteur de la coopération internationale doit dépasser ses cercles habituels et cultiver des partenariats plus larges, une confiance accrue et une responsabilité partagée. Vous trouverez ci-dessous quelques réflexions qui se dégagent de ces moments. 

Partenariats au-delà des chambres d’écho 

Le secteur fait face à des défis qui exigent des alliances plus vastes et une écoute plus attentive, au-delà des réseaux familiers. Cela suppose de mobiliser les mouvements de jeunes, les milieux de l’éducation et de la recherche, les leaders culturel·le·s et religieux·ses, les artistes, les innovateur·rice·s sociales, les journalistes ainsi que les administrations locales, qui influencent la compréhension publique de la solidarité internationale et de la vie civique de multiples façons. 

La confiance comme fondation 

Dans les deux événements, les échanges sur le développement mené localement ont rappelé qu’un partenariat porteur repose d’abord sur la confiance. Faire confiance aux autres pour diriger. Se faire confiance pour se retirer. Et croire que des objectifs communs peuvent être atteints par des chemins différents. Bâtir la confiance au sein de communautés marginalisées peut commencer par créer des conditions propices à la participation, afin que les personnes puissent sortir du mode de survie et accéder à des espaces où elles influencent les décisions qui touchent leur vie. 

Responsabilité, verticale… et intérieure 

Si la confiance constitue la fondation du partenariat, la reddition de comptes en est la charpente. Les participant·e·s ont souligné la nécessité d’élargir notre compréhension de laresponsabilité au-delà des rapports présentés vers le haut aux bailleurs ou aux institutions. La véritable responsabilité circule dans plusieurs directions : vers le haut, à l’horizontale et vers l’intérieur. 

La responsabilité horizontale, envers les pairs et les communautés, renforce la transparence et la collaboration. La responsabilité verticale, envers les institutions et les bailleurs, consolide la crédibilité et l’usage responsable des ressources. Mais c’est la responsabilité intérieure, une pratique d’auto-réflexion, qui assure la cohérence entre nos valeurs et nos actions. Les acteur·trice·s de la société civile sont invité·e·s à examiner de façon continue la manière dont leurs propres pratiques peuvent reproduire les mêmes hiérarchies qu’ils et elles cherchent à démanteler. 

Mise en garde : la « compétition pour la proximité locale » 

À mesure que l’espace civique et les financements se contractent, de nouvelles pressions redessinent les modes d’intervention de la société civile. Une personne participante a décrit une tendance préoccupante : la « compétition pour la proximité locale », soit la course à paraître la plus proche du terrain, la plus « authentique » pour gagner en légitimité ou en ressources. Cette compétition va au-delà du financement ; elle peut, en douceur, reconfigurer le tissu des communautés, transformant la collaboration en rivalité et les relations en transactions sur l’accès, la représentation ou le « droit » de raconter une histoire. 

La véritable proximité ne tient pas à qui est le plus près, mais à qui est digne de confiance. Elle naît de relations fondées sur la réciprocité, le temps et une responsabilité partagée. Les acteur·trice·s de la société civile et leurs partenaires sont invité·e·s à résister à ces réflexes compétitifs et à cultiver plutôt une proximité collaborative, où la légitimité est partagée à travers des réseaux et où le pouvoir communautaire se renforce collectivement plutôt que d’être revendiqué individuellement. 

Qui raconte quoi… et comment ? 

Dans les deux rassemblements, les participant·e·s ont réfléchi à la manière dont la société civile définit et communique ses effets. À Peace Connect, la discussion a commencé par une question fondamentale : qui décide de ce qui constitue un succès ? Plusieurs organisations reconnaissent devoir souvent adopter les définitions des bailleurs en matière d’impact, même lorsque ces mesures ne saisissent pas la vraie valeur de leur travail. Cela soulève des questions plus profondes sur la voix et l’appropriation : qui fixe la référence ? Qu’est-ce qui mérite d’être rapporté ? 

À l’ICSW, la conversation s’est déplacée vers le récit lui-même : qui raconte l’histoire et comment ? Certaines personnes ont soutenu que la société civile devait mieux communiquer ses effets, tandis que d’autres estimaient que le travail devrait parler de lui-même, ou que les communautés et les partenaires devraient en être les messager·ère·s. Au final, la manière dont les histoires sont racontées — et par qui — façonne la manière dont se construit la légitimité. Un récit authentique suppose donc une co-création, où les personnes les plus concernées par le travail définissent et racontent aussi ses effets. 

Réimaginer l’avenir de la société civile 

Lors des deux événements, Coopération Canada et ses partenaires du RACI (le Réseau argentin pour la coopération internationale) ont coorganisé des séances sur la « Réimagination de l’avenir des organisations de la société civile ». S’appuyant sur les enseignements de l’Initiative futurs de la coopération mondiale de Coopération Canada, ces séances ont présenté des tendances émergentes et des scénarios pour le secteur, invitant les participant·e·s à explorer comment les mutations mondiales et la confiance du public pourraient transformer notre travail au-delà de 2030. 

Les échanges ont porté sur ce qu’il faudra pour que la société civile demeure pertinente et digne de confiance dans ce contexte changeant : de nouvelles formes de partenariat, des modèles de financement plus souples et de meilleures façons d’expliquer la valeur de la société civile dans la vie quotidienne des personnes. 

Dans ces séances, un intérêt croissant s’est manifesté pour l’usage de la prospective stratégique, non seulement afin d’anticiper le changement, mais aussi pour réimaginer la suite — passer de la réactivité à une pratique proactive et anticipatrice qui recentre la capacité d’agir de la société civile pour façonner son avenir. Les idées issues de ces séances alimenteront le document Vision 2035, résultat clé du Sommet sur l’espace civique d’Ottawa l’année prochaine. 

En regardant vers l’avenir, les conversations tenues à Peace Connect et à l’ICSW nous rappellent que la pérennité de l’espace civique commence par nos façons de travailler, de nous associer, de bâtir la confiance et d’assurer la responsabilité. Élargir le cercle ne relève pas uniquement de l’inclusion ; il s’agit de cultiver des relations et des réflexes qui rendent le secteur résilient. Grâce à des initiatives comme le Sommet sur l’espace civique d’Ottawa, Coopération Canada continuera de rassembler et de relier celles et ceux qui souhaitent réimaginer ce que peut être, dans les années à venir, une coopération équitable, digne de confiance et imputable. 

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