Enseignements tirés de la consultation des Nations Unies sur sa stratégie à l’échelle du système en matière de prévention et de lutte contre l’exploitation et les abus sexuels (PEAS) 

Le 6 octobre, Coopération Canada a participé à une consultation organisée par le Bureau du Coordonnateur spécial des Nations Unies chargé d’améliorer la réponse de l’ONU à l’exploitation et aux abus sexuels (OSCSEA), qui a réuni des organisations de la société civile afin de contribuer à l’élaboration de la prochaine stratégie à l’échelle du système des Nations Unies en matière de protection contre l’exploitation et les abus sexuels (PEAS). 

La discussion a mis en lumière une question importante : Comment aller au-delà des politiques et des engagements pour instaurer un changement significatif et durable dans la manière dont les organisations préviennent et traitent l’exploitation et les abus sexuels ? 

Plusieurs réflexions issues de cette consultation ont des implications importantes pour le travail de Coopération Canada avec Affaires mondiales Canada (AMC) et le secteur canadien de la coopération internationale. 

La localisation doit signifier une responsabilité partagée, et non un transfert de risque 

Un thème récurrent a été la nécessité de repenser la manière dont les responsabilités en matière de protection sont réparties au sein des partenariats. Trop souvent, la localisation peut se traduire par un transfert de responsabilités vers des organisations locales qui ne disposent pas des ressources, de l’influence ou du soutien nécessaires pour s’en acquitter. 

Une protection efficace nécessite des partenariats plus équitables, où les risques sont identifiés conjointement, les ressources partagées et la responsabilité mutuelle. Comme l’a souligné un·e participant·e : 

« Je pense que les communautés concernées devraient passer du statut de simples destinataires des messages relatifs à la PEAS à celui de partenaires dans l’identification des risques, la conception de mécanismes de signalement et l’évaluation de la sécurité et de la fiabilité de ces mécanismes. » 

Pour Coopération Canada, cela renforce l’importance de travailler avec les organisations canadiennes afin de promouvoir des modèles de partenariat qui vont au-delà de la simple conformité et placent les communautés au cœur des décisions en matière de protection. 

La protection doit s’ancrer dans les réalités locales 

La consultation a également mis en évidence l’importance de contextualiser les principes et cadres internationaux. Les contributions s’appuyant sur des expériences de travail auprès des communautés autochtones au Canada ont souligné que, pour lutter contre la violence sexuelle et donner suite aux documents de haut niveau émanant de l’ONU ou d’autres instances de responsabilisation, il est nécessaire de s’attaquer aux causes profondes de la violence, d’impliquer les hommes en s’appuyant sur les valeurs culturelles, et de reconnaître le rôle de la prise de conscience de soi et de la guérison dans la prévention. Les discussions ont également attiré l’attention sur des vulnérabilités émergentes au Canada, dont les enseignements sont pertinents pour le travail sur la PEAHS à l’échelle mondiale. Plus précisément, le risque accru de violence sexuelle et de maltraitance (SEAH) dans les situations de déplacement causées par des catastrophes naturelles, ainsi que les écarts entre les engagements nationaux – tels que ceux liés aux femmes, à la paix et à la sécurité, ainsi qu’aux femmes et filles autochtones disparues et assassinées – et la mise en œuvre effective de ces engagements telle qu’elle est vécue par les communautés. 

Ces réflexions nous invitent à examiner comment les normes internationales de protection peuvent prendre tout leur sens dans différents contextes culturels, institutionnels et communautaires. Pour Coopération Canada, cela signifie aider les organisations à adapter ces principes en approches pratiques et adaptées au contexte local, plutôt que de s’en tenir à des solutions uniformes. 

Un renforcement durable des capacités est essentiel 

Un autre enseignement important a été le défi que représente la pérennisation des connaissances en matière de protection au sein des organisations, en particulier face au roulement du personnel et aux ressources limitées. Si les formations spécifiques à chaque organisation restent précieuses, des opportunités d’apprentissage accessibles à l’ensemble du secteur peuvent contribuer à préserver les connaissances et à renforcer les capacités collectives. 

Des ressources ont été partagées lors de la réunion, notamment la bibliothèque de ressources de Coopération Canada et les travaux de Digna, ainsi que des initiatives telles que les exercices de cartographie des compétences en matière de protection menés par Bond à l’intention des petites ONG, qui offrent des exemples utiles d’approches pratiques et collaboratives pour le renforcement des capacités. 

Cela renforce le rôle des réseaux dans la promotion de l’apprentissage entre pairs, le développement d’outils accessibles et le plaidoyer en faveur d’un investissement durable dans les capacités de protection à l’échelle du secteur, y compris parmi les petites organisations et leurs partenaires. 

La protection doit évoluer au rythme des risques émergents 

La consultation a soulevé de nouvelles questions concernant la protection dans le domaine numérique, l’intelligence artificielle et les partenariats avec des acteurs du secteur privé. À mesure que les organisations adoptent de nouvelles technologies et élargissent leurs partenariats, les approches en matière de protection doivent évoluer en conséquence. 

Pour Coopération Canada, cela représente une occasion de travailler avec AMC et l’ensemble du secteur afin de mieux comprendre les risques émergents, en particulier là où les engagements en faveur de la transparence, du partage des données et de l’innovation recoupent la protection de la vie privée, la sécurité et les approches centrées sur les survivants. 

Perspectives d’avenir : des engagements à la responsabilité collective 

Le message le plus fort qui ressort de cette consultation est sans doute que la protection ne peut être considérée comme un ensemble statique de politiques ou un simple exercice ponctuel de mise en conformité. Elle nécessite une réflexion continue, des investissements et une responsabilité partagée. 

Alors que l’ONU élabore sa prochaine stratégie PEAS, ces enseignements tombent à point nommé pour Coopération Canada et le secteur canadien de la coopération internationale. Coopération Canada lancera le renouvellement annuel de l’Engagement des dirigeant·e·s sur la prévention et la lutte contre les comportements sexuels inappropriés au cours du mois prochain, en s’appuyant sur le document mis à jour et les mesures de responsabilité élaborées en 2025. Cela offre l’occasion de faire le point sur les progrès accomplis, d’identifier les lacunes persistantes et de renforcer les engagements collectifs en matière de protection. 

Pour Coopération Canada, ce processus de renouvellement offre une occasion importante d’engager AMC et les dirigeant·e·s du secteur dans des discussions sur ce à quoi ressemble concrètement une responsabilité significative, notamment en ce qui concerne les partenariats équitables, les approches menées localement, le renforcement durable des capacités et les risques émergents. 

En fin de compte, le renouvellement de l’engagement envers l’Engagement des dirigeant·e·s devrait être plus qu’une simple réaffirmation des engagements existants. Il devrait s’agir d’une occasion de traduire les enseignements tirés en actions concrètes, en veillant à ce que les efforts de protection soient non seulement guidés par des principes solides, mais également façonnés par les expériences et les priorités des communautés qu’ils visent à protéger.  

L’efficacité de la protection ne se mesure pas simplement à l’aune de la mise en place de politiques adéquates par les organisations, mais à celle de l’amélioration de la sécurité, de la confiance et de la responsabilité dont bénéficient les communautés en conséquence. 

Partager cet article

Other articles you might like